Bernard Fontanille, l’humanisme en urgence

C’est un quadra dynamique, sportif, plutôt beau gosse, la barbe naissante et les traits tirés après quelques jours passés aux urgences qui me fait face. D’ailleurs, aux urgences, il y est encore. Son franc-parler et sa « coolitude » malgré sa notoriété florissante, en fait un homme sympathique et facile d’accès. Avec lui, pas de syndrome de la blouse blanche.

Né à Grenoble, vit à Chamonix, un pur produit de la montagne. D’aussi loin qu’il s’en souvienne, il a toujours voulu être médecin. Est-ce à cause de son pédiatre ou du rêve inassouvi de sa mère ?

Il se définit comme curieux, touche à tout, musicien et dilettante….

Il est de ceux qui apprennent vite et se lassent vite, un vif argent.

La norme l’angoisse : un métier aux horaires de bureau, pas pour lui.

La médecine lui ouvre tout un champ des possibles. Le besoin d’adrénaline lui fait choisir le secours en montagne, puis les tournages d’émissions d’aventures comme rendez-vous en terre inconnue. Un prétexte pour voyager…

Sur place, l’idée lui vient d’aller à la rencontre des médecines traditionnelles. Ce n’était pas une quête de sens mais une curiosité. Comment font ses Hommes loin de toute structure médicale pour se soigner ? C’est sur sa terre la médecine et en toute humilité qu’il est devenu un passeur. Et être le passeur d’une médecine vouée à disparaitre le fait encore plus triper. C’est aussi beaucoup de travail sous une apparente décontraction et une précision qui apparait dans la deuxième saison.

40 films, 2 livres plus tard….l’idée ne s’est toujours pas transformée en quête mais l’humain s’est enrichi.

Le médecin traditionnel apparait comme un défenseur du lien, un des derniers bastions de la résistance face à un monde sans cœur, sans âme : le monde moderne. Une médecine de paroles, d’écoute du non verbal, une médecine où l’humain est au centre. Dans tous les reportages, c’est la dévotion qui prédomine. Un peu comme aux urgences. Pas de pause pour tous ces guérisseurs qui, sans répit, soignent.

De l’hôpital, des urgences, B.F parle durement : les conditions de travail, le manque de temps, de personnel et la froideur qui règne car il faut faire vite et faire face à un nombre infini de patients….le burn out de l’hôpital, tout le monde en a marre, tout le monde craque.

Comment vit- il le retour dans sa réalité? Il se sent plus détendu, plus centré. Mais, en aucun cas, il ne remet en cause la médecine urgentiste, pas de doute existentiel quant à sa pratique : « dans l’urgence on n’a pas le temps de poser des cataplasmes de boue ou de faire des rituels », me rappelle-t’-il, non sans humour.

Il est cartésien, pragmatique et aime les gens…Ce n’est pas incompatible. Ce n’est pas une quelconque quête spirituelle qui l’a fait expérimenter l’ayahuasca au fin fond de la jungle colombienne .Il n’est pas venu, non plus en conquistador médical, bien que le mercure frotté sur l’œil d’une petite fille en Birmanie l’ait plutôt secoué.

Il lui est arrivé de soigner sur place des personnes avec sa trousse de premiers secours. Il lui est arrivé de ne pas être d’accord avec les diagnostiques mais il s’est toujours refusé d’être celui qui sait : toujours revenir au contexte, à ces existences loin de nos métropoles suréquipées… Il parle vite, passionné et durant cet échange, on vient sans cesse lui rappeler qu’il a des gens à réparer…

Parfois sur certains reportages on se dit qu’il en a bien bavé avec les kms de pistes, la pluie…mais qu’est-ce que tu fous là Bernard ? Qu’est ce qui t’anime ?  L’anthropologie médicale, l’observation mais pas que Dr Fontanille, pas que…une certaine philosophie : « les occidentaux sont dans la jouissance, les autres dans le don, la charité »

A lire les témoignages de ceux qui s’invitent sur sa page facebook, il est devenu un presqu’héros et je sais quel est son secret : humilité et gentillesse.

Durant son voyage au Chili, il a vécu chez une guérisseuse mapuche, une machi, pendant 10jours. Sur photo, il a choisi Rosa, il a aimé sa tête de fatma marocaine et lui a donné un surnom tendre « la fati machi ». La tendresse c’est ce qu’on perçoit chez lui et l’admiration aussi pour ces femmes et hommes donnant le meilleur d’eux-mêmes. La machi connait les histoires des gens, elle a les clés culturelles, c’est une médecine de paroles qui sait lire le non verbal, elle prend son temps, elle donne tout de son temps. Elle fait des erreurs mais elle est dévouée et humaine. Elle a besoin de la médecine. Et ses patients sont pragmatiques, ils se servent des deux médecines.

L’homme, agnostique, n’aime pas les cultes mais a suffisamment de souplesse pour écouter et observer le lien de ces peuples avec la nature.

Bien sûr, certaines rencontres sont plus marquantes que d’autres, bien sûr, son cœur de médecin a pu souffrir du manque de soins pour certains patients. En parallèle, il s’interroge forcément sur le désamour de nombreux patients pour la médecine traditionnelle, les manques de la médecine en France.

Il n’est pas ambassadeur de la médecine alternative mais comprend pourquoi les malades sont en demande. Il martèle sans cesse qu’il y a une grande différence entre les médecines traditionnelles et les médecines alternatives. Pour lui, il faut faire très attention aux dérives et « ne pas tout autoriser, trop de choses sont dangereuses ». Mais il a conscience que la médecine occidentale, médecine mécanique et efficace, ne sait pas répondre aux questions des patients et aux maladies chroniques.

Au fond, il est plus en quête qu’il ne le sait … l’humanitaire rentrera bientôt dans sa vie, au Togo.

Depuis quatre ans, il pose forcément un autre regard sur la santé, une vision plus globale, holistique :

« La santé va bien au-delà de l’absence de maladie, c’est l’épanouissement personnel, spirituel et le lien aux autres. »

C’est quelqu’un qui est dans la vie. Ce touche à tout profite pleinement de sa vie et est conscient de sa chance : « Ces modes de voyages permettent des échanges assez dingues ».des échanges hors piste.

Quant au futur, il le voit toujours dans les voyages rencontres et pour plus tard, bien plus tard, pourquoi pas, un jour peut-être, une maison médicale où un chaman, un herboriste et des médecins coopéreraient.