Mexique intérieur

En retournant une nouvelle fois vers ce pays qui m’a toujours fascinée, j’ai voulu changer de mélodie. Je n’irai pas m’alanguir sur les plages immaculées de la péninsule du Yucatàn. Je ne tenterai même pas de m’approcher de la côte, de peur d’être happée par un bain d’insouciance et de conformisme tropical. Le voyage commencera et s’achèvera à la ciudad de Mexico, la ville tentaculaire que je retrouverai après une dizaine d’années. Et entre ces 2 points d’entrée et de sortie, je me laisserai guider par une envie de découvrir le Mexique de l’intérieur. Ce périple va m’immerger au coeur du peuple du maïs, les Mexicains, tel qu’ils aiment à s’appeler. Ce maïs indispensable à la cuisine mexicaine est considéré comme le géniteur de la société méso-américaine. Il est le symbole des liens profonds qu’entretiennent les Mexicains avec leur culture. De fortes personnalités sont nées de cette terre.

Inspirations

La Kahlo devenue objet de culte, l’ogre Rivera et la photographe Tina Modotti font partie du cercle intellectuel et artistique du Mexique moderne. Mais avant tout, ils représentent l’âme révolutionnaire des Mexicains. C’étaient des militants, des activistes qui luttaient pour la reconnaissance du peuple, un Mexique foisonnant d’arts en tout genre, déclinant harmonieusement le métissage.

Dans le quartier de Coyoacán, se trouve la maison bleue de Frida et Diego, je viens humer et rêver à cette époque qui a enfanté des artistes libres et généreux et dont les héritiers continuent d’éclore.

Sur ce chemin de voyage intérieur, un livre ne me quitte pas, le serpent à plumes de D.H Lawrence. Il m’a donné le goût du Mexique et de ses légendes.

Xochimilco

Attenante à Mexico, vibre la bohème Xochimilco au charme vintage avec ses multiples canaux sur lesquels voguent des embarcations colorées et des mariachis enflammés. De nombreux artistes vivent là pour transformer cet attrait touristique en haut lieu culturel. Je les rencontre, un soir, chez eux, autour de bières. Passionné d’Histoire, mon hôte Salvador sait tout sur la genèse de Mexico-Tenochtitlan, cette ville bâtie sur une île du lac de Texcoco dont une grande partie a été asséchée. La légende raconte que sur le lieu où on verrait un aigle sur un cactus dévoré un serpent, les Aztèques devraient y implanter une cité. Ainsi naquit Tenochtitlan, la capitale des Aztèques, future Mexico. On retrouve cette légende gravée sur le drapeau mexicain.

Pour restaurer les embarcadères, ces doux rêveurs ont peint les murs de fresques colorées. Ils animent régulièrement les pontons d’ateliers de création où tout le monde est invité à participer. Ils ont su voir le patrimoine inestimable et populaire de ces canaux.

Au marché de Xochimilco, je goûterai au pulque, boisson étrange, fermentée et doucereuse, légèrement alcoolisée et je tomberai en amour pour des santiags jaunes orangées, bien trop grandes pour mon pied mais que je garde depuis comme symbole de liberté.

Je repars avec le contact d’un anthropologue installé dans la sierra mazateca, région d’Oaxaca.

Il faut aimer le bus, l’aimer sans filtre, inconfortablement.

Oaxaca

Une ciudad multiculturelle où l’art interpelle à chaque coin de rue. Outre sa cuisine délicieusement indécente le mole…au cacao…son breuvage euphorisant le mezcal, de nombreux espaces culturels et musées comme l’incontournable MACO museo de arte contemporáneo et le Museo Textile de Oaxaca MTO sont à visiter.

A quelques heures de bus, mon compagnon le plus fidèle, se trouve Huautla de Jimenez, en sierra Mazateca. De prime abord, il n’y a rien à Huautla, petit village de montagne souvent sous les nuages. Le café produit ici est un incontournable, et une femme a amené de nombreuses personnalités à braver les routes serpentines et le manque de confort pour la rencontrer. C’est ici que vivait une célèbre chamane Maria Sabina. On peut aller se recueillir sur la colline qui lui sert de sépulture. De nombreuses randonnées sont possibles dans ce coin. De jeunes anthropologues, venus de la grande Mexico ou de plus loin encore, étudient et défendent la culture mazatèque et leur mode de vie rural dans ces montagnes préservées et tranquilles.

Il est l’heure d’aller rejoindre San Cristobal de las casas, revival de mon périple passé.

San Cristobal de las casas

Au petit matin, la ville ne semble pas avoir trop changé. Une cité, pavée, à l’architecture coloniale espagnole, marchés colorés et bars à la musique live tous les soirs. Un lieu où il fait bon se poser, contempler et se rendre dans ses églises au syncrétisme non déguisé. Je me retrouve plongée au coeur du mystique Mexique charriant des siècles de croyances. La plus impressionnante est celle de San Juan de Chamula, à quelques kilomètres de San Cristobal. Jonchée de paille, des centaines de cierges brûlant jour et nuit, on y vient pour exulter ses larmes et ses joies, souvent un poulet est sacrifié devant le saint approprié. L’atmosphère est intense. Plus d’une dizaine d’années s’est écoulée depuis mon premier passage, je suis toujours aussi impressionnée comme envoûtée, et des rêves étranges m’assaillent la nuit.

Je m’achète des huipiles, blouses brodées de fleurs, à porter en hommage à toutes les femmes indiennes telles que la Kahlo les honorait.

Je repars, itinérance choisie sur les traces des mayas et de sa cité magique :

Palenque

Choc! Qu’ont-ils fait de cette cité légendaire où vivent les singes hurleurs, où autrefois le visiteur arpentait des sentiers à peine tracés, se prenant pour Jones, en exagérant à peine. Aujourd’hui Palenque est grand ouvert au regard tant tout a été balisé, quadrillé. Victime de son succès ? Très certainement. Elle garde des secrets bien enfouis. Fouilles incessantes au regard des seulement 10% de vestiges découverts. Les palais sont très beaux. La légende du seigneur au pied bot hante toujours les lieux pour peu qu’on prenne le temps.

Cascades aussi à côté du site, se rafraichir de cette chaleur humide avant de revenir à la ville de Palenque, moins pimpante que San Cristobal.

Frustrée, j’ai besoin de ma dose de forêt et de sites moins fréquentés.

Yaxchilan

Il est 6h du matin quand une lancha m’entraine sur le rio Usumacinta (frontière naturelle entre le Mexique et le Guatemala.) La seule porte d’entrée possible est le fleuve. Le trajet  dure environ une heure, à l’aube quand les brumes matinales imprègnent encore les lieux d’une magie à la Avalon. Je suis la première à pénétrer, je me félicite de m’être levée aussi tôt. Quelle sensation enivrante ! Seuls quelques gardiens du site nettoient ça et là les pierres. Je retrouve enfin ce sentiment échappé de mon Palenque rêvé, un grand moment de plénitude, loin de tout et si près des dieux.

Re-bus, rencontre avec un jeune zapatiste qui veut m’emmener dans son village, le temps me manque et je souhaite découvrir cette forêt enchantée :

Forêt de Lacandone

Ils sont vêtus d’une robe de coton blanc, immaculée, leurs cheveux noirs et longs reposent sur leur dos. Los Lacandones, ces indiens, protecteurs de la forêt sont les écologistes de ce puissant écosystème. Ils vivent là et obéissent à des règles précises basées sur les cycles naturels. Les sentiers dessinés par eux dans la forêt humide mènent à d’impressionnantes cascades. L’eau fraiche réveille et la pluie ne manque pas de tomber en orage fou et intense.

Je ferais bien une retraite, ici, loin de tout mais Quetzalcoatl, le serpent à plumes, m’attend dans sa cité.

Teotihuacan

Revenue en avion à la ciudad de Mexico, comme elle se fait appeler maintenant, je choisis  de retourner sur le site de Teotihuacan. Pyramide de la lune, pyramide du soleil, Quetzalcoatl, marchant sur les pas des aztèques, je ne peux qu’être humble face à toute cette connaissance que je survole à peine.

Le Mexique est vibrant, passionnant et passionné, foyer d’art, de cultures et d’artisanat, fou de l’influence nord-américaine, ambigu et sauvage. Je ne cesse d’y retourner sans qu’aucune lassitude me gagne.

Bibliothèque

« Le serpent à plumes » DH Lawrence
« Au-dessous du volcan » Malcolm Lowry
« Dictionnaire amoureux du Mexique » Jean-Claude Carrière