Le Havre, port de l’enfance

Le port du Havre, l’alibi pour partir au plus vite, rincé par les pluies de la Manche. Une skyline qui se dessine en fond, le vent, la lumière, une poésie moderne, visage du nouveau monde. Le Havre brûla, ne laissant que des cendres, devenant  la ville la plus sinistrée de France au milieu du 20 ème siècle. Avant-gardiste dans son architecture, incomprise jusqu’à maintenant,  elle insuffla un style désavoué jusqu’alors.

Auguste Perret, si tu savais comme j’ai détesté ton béton se fondant aux ciels gris maritimes, le crachin, la lumière pâle lavée par les vents. Sans soleil, lui qui préférait ne jamais resté trop longtemps, par ennui sans doute, comme nous, provinciaux en CDI bloqués ici dans ce cul de sac.

Oscar Niemeyer, l’architecte brésilien et communiste fut appelé à créer le centre culturel dans les années 80.  Quelle controverse que ce  volcan bétonné ressemblant à un pot de yaourt renversé ou à une centrale nucléaire ! L’art fait violence parfois à l’harmonie du beau. Pourtant ce pot de yaourt était bien fondu dans le paysage. Aux Havrais de l’adopter ou de l’ignorer.

Aujourd’hui, 21 ème siècle, une certaine légèreté a envahi ses rues. On acclame ces architectes visionnaires et  l’Unesco a béni cette ville. Peut-être le fait de s’éloigner, de prendre du recul, permet l’appréciation et la tolérance, comme une mère qui voit grandir son enfant. Je ne suis plus enfant du Havre, j’ai passé plus de temps dans le sud, à la diagonale de cette ville, dans la rebelle Marseille. Marseille adulée par ses habitants, impossible à quitter. Le Havre, elle, vit avec eux un amour moins charnel, mais fidèle, un peu las, sans passion comme un vieux couple.

À la diagonale, à l’opposé, ici, au sud, j’ai cherché cette lumière et le bleu de la mer. J’ai gardé au fond des yeux les nuances grises et vertes de la Manche et de ses galets. Une fille d’ici et d’ailleurs, je ne souhaite appartenir à personne, mais je suis fille des ports. ils m’enchantent où que j’aille et donne toujours cette possibilité de partir, vision très romantique et romanesque d’une réalité tout autre.