Ecritures Voyageuses | Rose-Line Brasset auteure
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Rose-Line Brasset auteure

RNom : Rose-Line Brasset
Naissance : le 09 août 1961 à Alma au Québec
Famille : mère célibataire de 2 enfants : Emmanuel 25 ans et Juliette 20 ans.
Métier : Journaliste, auteure jeunesse.

La série des Juliette est éditée chez Kennes. Le dernier Juliette à Londres vient de paraître.

Rencontre avec une femme libre, une pionnière du travail nomade, une maman solo de 2 enfants. Courageuse, elle a toujours su prendre sa vie en main et refuser d’aller là où on l’attendait quitte à sacrifier son confort matériel.

« De toute ma vie, je n’ai exercé que deux métiers : écrire et m’occuper des enfants »

PASSÉ

Je suis l’aînée d’une famille de 4 enfants. Je suis née à Alma sur le lac St Jean, région du Saguenay. J’habite à Québec depuis mes 10 ans.

Enfant, je voulais faire le tour du monde, élever des enfants et écrire des livres. Tout le savoir de l’humanité se trouvait dans les bibliothèques à cette époque.

À l’âge de 15 ans, j’ai voyagé en autostop dans le Canada. Mes parents me laissaient faire. Mon goût des voyages vient de mon père. À 17 ans, il est parti libérer l’Europe aux côtés des alliés. L’Europe l’obnubilait. Pour lui, c’était une splendeur, il me berçait de sa découverte d’Amsterdam, de l’Italie, fasciné par les siècles concentrés dans de magnifiques bâtiments. Mon grand-père paternel était français. Il venait de Mende. Il exerçait le métier de notaire aux îles de la Madeleine. Mon père avait adoré l’Europe et était très sensible aux problèmes des Européens. Les gens d’ici n’avaient aucune idée de ce qui se passait là-bas, seuls les universitaires et les artistes prenaient le bateau et découvraient l’Europe. Je voulais faire comme papa, voir l’Histoire, rencontrer des palais de plus de 1000 ans d’âge.

À 17 ans, je suis partie en Amérique du Sud, en Équateur qui me semblait être le pays le plus sûr pour une jeune fille. C’était en 1979. Je voulais voir la jungle amazonienne. Je voulais savoir comment ils élevaient leurs enfants. Je savais m’occuper d’enfants. Après 4 jours de pirogue, je suis allée aider une famille. J’ai été adoptée par les femmes de cette tribu. Je paraissais si jeune. Après quelques semaines avec eux, je suis tombée malade et j’ai dû regagner Quito. J’y suis restée un an où j’ai rencontré beaucoup d’Européens. L’idée de l’Europe devenait de plus en plus présente. Je suis donc partie là-bas pour être jeune fille au pair. Je voulais tout savoir de l’intimité des familles, leurs rituels, comment ils passaient leur dimanche. J’ai vécu notamment en Suisse. Je suis restée en Europe pendant 9 ans, en faisant d’incessants allers-retours, car je ne me décidais pas entre l’Europe et le Canada. Je suis revenue en 90. J’ai enfin repris mes études de lettres.

Puis, je suis devenue pigiste, j’écrivais beaucoup sur la famille, les voyages et les faits de société.

J’ai eu mes deux enfants et j’ai toujours voyagé avec eux à partir de leurs 18 mois. J’ai été la première chroniqueuse voyage du Québec. Mon crédo : emmenez vos enfants en voyage, ne les laissez pas à vos mères. Mes chroniques étaient hors des sentiers battus, elles ne parlaient pas de plages mais de villes. C’est un mode de vie que de voyager avec ses enfants. Les enfants sont  de merveilleux compagnons de voyage. On a déjà des habitudes de vie, de coucher, au fond c’est très simple. Quelle école formidable que le voyage! On échangeait notre appartement et on restait le plus longtemps possible : 2 mois l’été, un mois à Noël, des semaines grappillées ici et là. J’arrivais à vivre en écrivant dans la communication. Je ne m’encombrais pas de superflu avec mes enfants. Je n’avais pas de poussette, table à langer…

Je n’ai jamais vécu avec les pères de mes enfants. Je voulais continuer à voyager seule, élever mes enfants seule pour avoir le choix. Je voulais avoir ma liberté de mouvement. J’ai inconsciemment choisi des hommes qui ne souhaitaient pas s’engager.

PRÉSENT

Je suis une globe-trotteuse. Toute ma vie j’ai cherché une solution à comment faire le tour du monde et continuer à voyager avec des enfants. J’ai trouvé la formule magique avec Juliette, la série. Juliette aura 4 ans cette année. J’écris des romans pour enfant mais ils ne sont pas infantilisants. Juliette fait oeuvre utile car les parents lisent aussi ses aventures.

Je continue à échanger mon appartement. Ainsi, je plonge directement au coeur du pays, on entre en contact avec les voisins, l’épicier du coin. Le premier Juliette, Juliette à New York est née d’un échange d’appartement dans Brooklyn en 2014. J’étais dans une période où j’avais des difficultés à trouver des contrats, les down d’une vie de free-lance. Ma fille m’a dit de m’asseoir devant mon ordinateur et d’écrire nos aventures à NYC plutôt que de me morfondre. J’ai envoyé le texte à plusieurs éditeurs et le succès a été instantané. Tout s’est passé comme si les enfants attendaient des romans sur les voyages. Les enfants voyagent de plus en plus. Aujourd’hui, les voyages permettent d’aller à la rencontre du monde et adopter les trucs qui nous plaisent. Après mes années de fille au pair en Suisse, j’ai fait miennes les habitudes qui m’ont plu. Les humains ont besoin de contacts et de partage. Aujourd’hui mes questionnements sont : comment vit on avec les difficultés, la crise économique et sociale ? comment relève-t-on les défis du quotidien quand on est une femme seule avec des enfants ? Ce qui m’intéresse c’est de voir cela.

Juliette contient beaucoup de moi et de ma fille, ma fille et ses défauts. On a parfois reproché à Juliette, mon héroïne d’être trop capricieuse, mais je ne pense pas. Juliette n’est pas une enfant gâtée, c’est juste une enfant.

Dans mes livres, je lance des messages aux enfants : c’est normal d’être exaspéré par sa mère. C’est un passage obligé. À 13 ans, on a besoin de se détacher de ses parents, mais Juliette aime sa mère  et elle lui en veut car elle n’arrive pas à se détacher.

Parfois les enfants font des choses assimilées à des méchancetés, mais c’est juste pour se protéger et pouvoir grandir. Juliette aura toujours 13 ans. Ma fille, elle, a grandi, mais j’ai encore tellement de choses à dire sur cette période.

J’ai eu un emploi permanent, j’écrivais les discours pour des hommes politiques. J’ai laissé tomber cet emploi car je n’en pouvais plus d’écrire pour les autres. J’ai fait le choix de baisser drastiquement mes revenus pour être libre et créer à ma guise. J’ai lâché ma grande maison dans le centre-ville de Québec. Je suis allée m’installer à la montagne et suis devenue auteure à temps plein.

J’ai plusieurs livres en cours : la suite des Juliette mais aussi un livre sur les 50 choses à faire avant d’avoir 12 ans.

FUTUR

Je vais écrire des livres pour les femmes. Je cherche où est le besoin, quelle peut être ma contribution à la cause des femmes.

Être une femme aujourd’hui est aussi dure qu’avant. On ne peut compter que sur soi, il n’y a pas nécessairement le voisinage, la famille, les amies pour nous aider car tout le monde est débordé. Nos vies sont extrêmement compliquées. J’ai eu des moments d’angoisse : Suis je capable ? Comment vais je faire ? Je passe mon temps à faire des listes pour voir ce qui est essentiel. Il faut se poser la question sur ce qu’on veut s’offrir à soi et à ses enfants. Pour moi, c’est  de voyager. C’est un style de vie. Il est important de savoir qu’il y a d’autres alternatives qui existent et qui permettent de vivre d’autres expériences. Je me suis préparée à sacrifier une vie matérielle confortable. J’ai rapidement trouvé la solution pour me réaliser et ne pas me sentir prisonnière. Bien sûr, mes enfants se sont plaints de ne pas avoir ceci ou cela. Mais ma fille a fait des liens avec tout ce qu’elle a vécu. Elle étudie maintenant le théâtre et mon fils est un chercheur en histoire.

Si j’ai un conseil pour les femmes : ne pas se laisser influencer par la société de consommation.  Nous n’avons souvent pas besoin de toutes ces crèmes ou de tous ces vêtements. On peut toujours diminuer sa consommation. Je suis quand même coquette. Je m’habille dans les friperies. J’élimine le superflu de ma vie. Il n’y a pas de solution à l’âge, aucune crème ne peut nous empêcher de vieillir. J’admire Françoise Hardy et Jane Birkin. Françoise Hardy est un de mes modèles, toujours simple et naturelle. Elles acceptent de vieillir. Je fais du yoga depuis mes 16 ans. Je fais une séquence de yoga chaque jour, la même depuis des années. Je ne suis pas de cours. C’est gratuit et cela me fait du bien.

On vit dans une société où les gens réalisent leur mission de vie vers 40/50 ans. Pourquoi traverser toute cette souffrance pour en arriver là? Pourquoi quand un enfant manifeste un intérêt pour les mathématiques, sommes-nous ravis ? Pourquoi lorsque son attention se porte sur le théâtre, sommes-nous catastrophés ? Ce n’est pas normal, tout le monde ne peut pas être bon en maths. On trouve toujours des solutions pour gagner sa vie. Maintenant, je connais le succès avec mes livres. Ces livres sont la somme de mes années de jeune fille au pair et de globe-trotteuse.

Ma curiosité sur ce qui se passe ailleurs est insatiable et je ne m’assagirai jamais. Aujourd’hui, je m’intéresse à la question du sort de nos aînés, de la maladie  et de la mort.

Je me demande  souvent pourquoi j’ai gardé mon port d’attache à Québec ?

Le moment est venu de consacrer du temps à quelqu’un d’autre qu’à mes enfants. Je vais peut-être partir en voyage avec mon chum (NDLR Petit ami)… Ce sera la première fois que je partirai avec un compagnon. Ce que j’aime le plus : regarder les joyaux du passé, j’ai passé un été à prendre mon petit déjeuner au pied du Colisée à Rome. C’est gratuit et ça comble mon âme, la vie sans l’art ne serait pas grand-chose.

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