L’art de vivre à Venise

Unique au monde, flottant l’hiver entre eaux et brouillard, mystérieuse, magnétique, même agonisante, elle reste splendide. Entre fastes et Histoire, Venise continue de briller malgré les menaces qui pèsent sur elle. Des noms illustres l’ont aimée voire épousée. Hugo Pratt et son « fils Illustré » Corto Maltese, Le Corbusier la proclamait « ville sacrée » tellement son existence semble utopique et improbable, Peggy Guggenheim affirmait que son amour pour Venise prenait toute la place.

Existe-t-il un syndrome de Venise comme celui de Florence? Venise vous avale, Venise vous obsède, Venise vous rend fou d’amour.

Cette grande dame, la Sérénissime, procure à tous d’intenses émotions dès qu’on y reste plusieurs jours. Au-delà de la simple visite, c’est une véritable expérience amoureuse. Se sentir le temps d’un week-end ou plus une Vénitienne ou un Vénitien et s’approprier un moment le cœur de cette belle mélancolique, c’est un peu cela qu’on vient chercher. Mélancolie et romantisme mêlés, mariés. Folle, bruyante et impossible à vivre, excentrique à souhait, on a souvent envie de l’exécrer. Mais qu’en pensent les Vénitiens ?

Vivre à Venise ne peut être banal. 435 ponts qui relient les 121 îles du centre-ville, des canaux, oubliez la voiture, on se déplace à pied, en bateau ou en gondole. Le métier de gondolier subit un quota, ils sont seulement 400 à avoir le droit d’exercer. C’était autrefois une caste à part où le métier ne se transmettait que de père en fils. Aujourd’hui, il faut concourir.

Ville des écrivains, des artistes, en général, ils sont nombreux à y avoir pris résidence. Mais est-il facile de créer à Venise quand on est happé par tant de beauté ?

La vie au fil des canaux

Humide, bondée en plein été, la vie n’est pas toute simple pour les Vénitiens. Mais ils sont tellement attachés à ce nul autre ailleurs qu’ils ne peuvent en partir. L’été, vous verrez le Vénitien agacé par les touristes, nez en l’air, qui bloquent les étroites ruelles.

Ils évitent les abords de la place St Marc que ne dépassent pas les croisiéristes débarqués des géants des mers.

Les marchés du Rialto et de Cannaregio sont leur point de convergence. Sur les canaux, on rencontre aussi des marchands flottants, vendeurs de légumes. En tant que visiteur, on oublie souvent que des gens vivent là. ll n’est pas rare de croiser des enfants allant à l’école à bord d’une gondole.

À Venise, on prend le Vaporetto comme le Parisien prend son métro. Mais, la comparaison s’arrête là. Partir travailler et profiter de la vue de palais fastueux en remontant des canaux, quoi de plus magique ?

L’Acqua Alta fait partie des inconvénients de la saison hivernale. Il s’agit d’une marée qui  immerge soudainement des parties de la ville. Un impondérable rapidement maîtrisé par l’installation de ponts de fortune.  Tout un art d’être élégant avec des bottes en plastique. Le Vénitien fait fi de tous les aléas, il s’adapte et ne voit que la beauté.

Les îles et le Lido pour s’échapper

Quand l’été est à son paroxysme, le Vénitien ne boude pas les plages du Lido ni les balades sur les îles. En quelques minutes de Vaporetto ou de barques privées, il va pique-niquer, se baigner et surtout se rafraîchir.

Pêché de gourmandise

Venise, c’est l’Italie. Comme dans toute la péninsule, les plaisirs de la table sont sacrés.

Au petit matin, les sujets de la Sérénissime prennent, au comptoir, un macchiato accompagné d’un cornetto.

L’aperitivo n’a pas d’heure. Après son marché, après le travail, rendez-vous sur les terrasses des baccari pour déguster un verre de vin blanc et des cicchetti. Le fameux spritz est né en Vénitie.

Les spécialités: pasta alle vongole, fritto misto de poissons et gelati aux parfums innombrables. De nombreuses petites trattoria et osteria déploient une cuisine familiale simple et fraîche du jour. Venise n’est pas la ville du régime.

Venise en liesse

Le carnaval

Une fois par an, la ville redevient une marquise. 10 jours de folie sur St Marc, à ciel ouvert et dans les palais pour les fêtes privées. Le Vénitien se lâche même s’il est beaucoup plus calme qu’il y a quelques siècles. Dress code minimal : le masque.

La mostra a lieu chaque année en septembre. Un festival aussi suivi que celui de Cannes. Les réalisateurs les plus prestigieux y présentent leurs nouveaux films.

La biennale (prochaine en 2019) est la grand-messe de l’art contemporain. Dans toute la ville, les artistes se rapprochent des visiteurs.

Venise et l’amour

Ils sont nombreux ceux qui se sont aimés à Venise. De Casanova à Georges Sand, couples légitimes et illégitimes, elle est la ville de l’amour. Tous les ponts et les ruelles sont  propices aux baisers. Le romantisme transpire des palais.

Le Vénitien ne se perdra jamais dans le dédale des calli, il a les clés de sa ville. Il ne pourra jamais en partir. Nulle autre ville au monde ne peut l’égaler. Il aime l’art, il aime la musique et il aime l’amour. Venise est en sursis, elle s’enfonce dans la mer. Mais ses habitants ne quitteront jamais le navire. Tant de beauté ne peut laisser indifférent. Aimez Venise comme les Vénitiens, vous ne serez jamais déçu.

Bibliothèque

Matthias Zschokke : Trois saisons à Venise
Alice Cheron : Venise in love
Claudie Gallay : Seule à Venise
Philippe Sollers : Dictionnaire amoureux de Venise

« Ne nous contentons pas de constater que le monde va mal » – Pierre Rabhi

[Photo : © Franck Bessiere

Article paru dans La Provence du 07/09/17. Entretien réalisé le 05/09/17.

L’association les perles de la côte bleue continue de nous surprendre. Après Paul Watson, c’est au tour de Pierre Rabhi de donner une conférence au théâtre de verdure de Carry-le-Rouet, ce samedi 09 septembre. Deux parcours atypiques, deux personnalités différentes mais qui partagent le même objectif : sauver la planète .

Pionnier de l’agroécologie, fondateur du mouvement les Colibris, des oasis et de villages alternatifs, l’infatigable Pierre Rabhi sensibilise à l’urgence écologique en apportant des solutions concrètes et réalisables.

Il nous a conté son histoire pendant une heure d’entretien à bâton rompu. En voici quelques extraits.

On vous décrit comme un paysan, un essayiste et libre penseur, quel a été votre cheminement?

J’ai depuis toujours souhaité répondre à la question : la vie a-t-elle un sens ? J’ai très vite rejeté le principe d’aliéner mon existence jusqu’à ma retraite.

Avec ma femme, nous nous sommes installés sur une terre rude, celle des Cévennes, pour vivre selon nos valeurs. Nous avons expérimenté une autre façon de nous réaliser plus en accord avec la nature.

La question philosophique est mon moteur. Les petits humains sont formatés pour gérer un modèle de société prédéterminé. La finance détermine notre histoire. Je ne supporte pas le gaspillage de cette vie humaine qui ne jouit pas de la beauté. Tout le monde travaille dans de petites ou grandes boîtes, va en boîte pour se divertir, roule dans une boîte… Je me suis insurgé contre cette claustration. Pouvons-nous donner un sens à notre vie en nourrissant notre corps et notre âme? Je le pense sincèrement en changeant de modèle de société. L’être humain a perdu la joie et l’a remplacée par le plaisir, les divertissements.

Le monde consomme toutes ses ressources de plus en plus tôt dans l’année, que préconisez-vous ?

Il faut changer de paradigme. Notre modèle de société est extrêmement préjudiciable  pour la planète. On sélectionne les semences, on travaille la terre avec des engins de plus en plus puissants qui l’abîme et la tue. Toutes nos démarches vont à l’encontre des lois de la vie. Il faut juste un peu de bon sens et d’observation. On confond aptitude avec intelligence. Les aptitudes nous grisent et la combinaison de ces prouesses techniques nous donne la bombe atomique. On sert la mort et l’on néglige la vie. Nous devons nous éveiller et devenir intelligents. Nous devons nous battre contre ce crime contre l’humanité qui est en train de se produire : les semences ne sont plus un bien public. Il faut lutter pour préserver notre patrimoine nourricier, garant de notre survie. C’est le sujet de notre premier carnet d’alertes*. Éduquer les enfants dans la coopération et non plus dans la compétitivité, cultiver son jardin sont des actes de résistance. Nous devons aussi mettre en marche la société civile afin de rassembler les initiatives et les ériger en solution pour l’avenir. Enfin, l’amour est une énergie puissante et créative : prendre soin des autres et être dans la bienveillance sont des clés.

Vous êtes très sollicité, pourquoi avoir choisi la ville de Carry-le-Rouet ?

Les lieux sont importants mais ne sont pas déterminants. Ce qui compte c’est l’engagement des personnes qui m’accueillent. J’ai plus de 600 demandes de conférences. Nous faisons une sélection avec un certain nombre de critères, mais le plus important sont les personnes, qu’elles soient actives dans la « réparation » de notre planète. J’apprécie les initiatives comme les perles de la côte bleue.

J’incite les personnes à faire leur part. Le principe même du colibri, ce petit oiseau qui, selon une légende amérindienne, a voulu éteindre un feu de forêt en transportant inlassablement de l’eau dans son bec. Ne nous contentons pas de constater que le monde va mal. Impliquons-nous même si nous ne sommes pas sûrs de réussir. Il est déjà trop tard pour beaucoup de choses. Nous sommes dans un ultimatum. Il est temps de redonner un sens sacré à la vie et à la terre.

*Pour en finir avec la faim dans le monde de Pierre Rabhi et Juliette Duquesne.

Caryl Ferey, son livre Condor, le Chili, les voyages

Photo: Joel Saget Agence France-Presse

En 2016, sortait Condor, un polar puissant sur le Chili actuel encore abimé par son récent passé dictatorial. L’interview a été publiée sur le site francochilenos. Caryl Ferey a une démarche de journaliste d’investigation pour chacun de ses polars. Il s’aventure dans les zones d’ombre des pays visités et met en lumière les problèmes sociaux. C’est un épris de justice et d’égalité.

A chaque roman, une ambiance, un pays, vous vous imprégnez de la culture du pays comme si vous en étiez natif. Combien de temps restez-vous sur place ?

Deux voyages de un à deux mois. Je n’écris pas en voyage, je voyage.

La genèse de vos livres est-elle un voyage ou bien le fruit de rencontres ? Voyagez-vous pour écrire ?

D’abord de la doc, puis des voyages et surtout des rencontres. Elles changent tout.

L’idée de «  condor »,  est-elle apparue après avoir travaillé sur «  Mapuche » ? Les Mapuches ont-ils été le fil conducteur jusqu’au Chili ? On retrouve un lien entre Gabriela et l’héroïne de « Mapuche »…

Mes premiers contacts mapuches se trouvaient au Chili, où leur situation n’a rien à voir avec l’Argentine. Je savais donc que je retournerais au Chili.

Dans certains passages, je vous vois comme un journaliste d’investigation : quelles ont été vos sources ? Comment avez-vous pu passer au-delà de l’oubli des Chiliens vis à vis de leur histoire ?vous écrivez « sous prétexte de vivre, on oublie le passé et il reste une boue qui paralyse l’avancée de la société » Vous avez ressenti la violence de la société chilienne, cette violence cachée…mais en parallèle vous louez l’arrivée de cette jeunesse militante en politique, une jeunesse qui manque en Europe.

Je travaille comme un journaliste pendant un an avant de me lancer dans l’écriture du roman. Je n’ai pas de tabou, étant un « outsider », ce qui me laisse beaucoup de latitude pour évoquer le pays. Je rencontre surtout beaucoup de gens qui ont souffert de cette amnésie. Mon rôle est aussi de réactiver la mémoire du pays, du moins pour ceux qui ont oublié…

Avez-vous rencontré Camila ? (Camila Vallejo, une militante politique chilienne, leader de la révolte étudiante devenue députée à 24 ans)

Non, elle (et ses troupes) négociait avec Bachelet pour les réformes de l’éducation. Dommage !

Gabriela et Camila  représentent  la génération Y qui semblent apporter les changements nécessaires dans le monde puant du néolibéralisme. Votre fille Emma a le même âge que les protagonistes, sentez-vous, quand même, un sursaut de vie chez cette génération de Français ?

Non, pas vraiment. Les jeunes sont comme nous, ils cherchent un radeau. Ca ne nous empêchera d’être heureux, malgré tout.

Dans quelles conditions avez-vous écrit l’infini cassé ?

Je le sens comme un chant de fin du monde, un chant mortuaire de notre planète, un chant difficile, pour moi, à lire tant la violence est immense…

Croyez-vous-en une autre fin ? Une fin où les hommes se réveilleraient de la vision limitative imposée par une poignée ? Que pensez-vous du mouvement nuit debout ?

J’ai une vision assez pessimiste de l’espèce humaine, où une minorité suffit à écraser les majorités. Il nous reste l’amour, la poésie, la rage et l’envie de vivre autrement. Vaste combat…

Esteban sait sans savoir, il a une préscience de son histoire familiale. Il n’aurait pas pu écrire l’infini cassé s’il n’avait pas accès à cet inconscient collectif de la haute société chilienne. Il vit un véritable séisme. Croyez- vous au destin ? Avez -vous été Esteban dans sa manière de brûler la vie ?

Je crois qu’on devient ce qu’on donne à la vie, le mouvement. Les gens qui se mentent deviennent fatalement malheureux, par lâcheté, peur le plus souvent. Ca demande une énergie folle de réaliser ses envies, rêves ou désirs. Mais c’est le seul chemin valable, pas celui d’entasser de l’argent.

Pour moi, vous êtes un rebelle, un anthropologue, un poète rock n’ roll aussi (l’infini cassé est une odyssée poétique)

Avez-vous rencontré des retornados sur place ? ou des francochiliens ? Le personnage de Stefano est-il un peu d’eux ?

Difficile de trouver sa place entre la vie, l’indifférence de toute une société et ce devoir de mémoire. Le drame de Stefano (est d’avoir) avoir arrêté de vivre.

Pensez-vous que la pierre d’achoppement de la société chilienne est l’oubli ou l’indifférence ?

Je le crains, du moins pour la majorité des post 30/35 ans. Il n’y a que la jeunesse chilienne à pouvoir inverser le cours des choses. Et oui, j’ai rencontré tous les gens que vous évoquez. Ils sont ma matière, ma mémoire.

Condor va-t-il être publié au Chili et comment croyez-vous qu’il sera accueilli ? (c’est une bombe atomique ;))

Trop tôt pour savoir. Mais Mapuche est traduit en Castillan…

Qui est la machi Ana ? L’avez-vous rencontrée au Chili ? Comment avez-vous eu accès aux symboles mapuches ? Avez-vous pris part à une cérémonie ? votre regard sur eux va bien au-delà du respect ? Etes-vous sensible au mysticisme, à l’ésotérisme ?

J’ai rencontré la machi, assisté à une cérémonie pour les prisonniers mapuches que j’allais visiter à Angol. Je ne suis pas du tout ésotérique mais il y a des choses qui nous dépassent. Tant mieux.

Quand et comment avez-vous entendu parler des mapuches ?

Grâce à Benetton, qui mettait des barbelés sur leurs terres.

En Europe, le grand public ne sait pas qui ils sont. Vous mettez en lumière les parias des sociétés « modernes » : les Zoulous, les Mapuches

Y aura-t-il un autre livre en Amérique du sud ?

Très probablement – je pars en Colombie au printemps prochain…

Et la dernière : êtes-vous devenu accro aux Pisco sour et donnez-moi une adresse où les boire en France…

Ça devient un peu à la mode, les bars à cocktails. Certains en servent. Le mieux, c’est encore d’acheter une bouteille de pisco dans une boutique péruvienne ou chilienne et d’inviter des amis à partager ce délice pour excités.

Ode à Valparaiso

A l’autre bout de la terre, là où l’eau tourne à l’envers, là où le nord devient le sud, se trouve un port mythique.
Les ports sont des lieux attirants pour les âmes romantiques. Des lieux où l’on ne s’échappe pas toujours, où l’on reste parfois bloquer.

Valparaiso est la mère bienveillante des marins du Cap Horn. Baptisée de jolis surnoms : el puerto loco, la joya del Pacifico, elle est un peu tout cela à la fois. C’est une muse, une sulfureuse rebelle, folle et digne. Elle est la ville de ceux qui cherchent à fuir, une escale d’où on ne part pas.

Je suis née dans un port, un port du froid et du gris de la Manche, un port maritime où les bateaux déversent leurs entrailles pour repartir au plus vite.

J’aime les ports pour leur capacité à faire rêver, ils sont promesses de départs et de retours. L’horizon au bord de la mer semble toujours infini. Valpo a pour moi des airs de Frisco avec ses collines, sa brume iodée, le vent frais du Pacifique et l’impermanence de son climat.

Cerro alegre

A Valparaiso, cette fois-ci, je suis restée sur les hauteurs. J’ai humé l’océan sans le toucher comme un amour courtois, du siècle passé. J’ai regardé au loin les bateaux partir. Perdue dans les ruelles, j’ai parlé avec les peintres de leurs oeuvres, de leurs techniques et retrouvé mon chemin, toujours dans la joie bohème sur cerro alegre.

Sur les collines, 42 cerros colorés et vivants, les chiens et les chats s’aiment et se parlent, les peintres, les photographes et les écrivains vivent « une intensité de vie intérieure » comme me l’a dit , un jour, Laurence Nobécourt. Elle avait fait halte à Valparaiso avant de prendre la route pour la Patagonie et écrit un livre sur son voyage « patagonie intèrieure ».

C’est donc une ville littéraire où soleil, couleurs, poésie et une certaine idée du suranné envoûtent tous ses visiteurs.

Se poser un moment à Cerro Alegre, perchoir sur le monde et sa vie, avoir une vision à 180° tournée vers le Pacifique, être comme dans un nid doux et tranquille.

Dormir à Calle Lautaro Rosas 540, Allegretto bed and breakfast, une maison verte qui sert de chambre d’hôtes, un peu anglaise, beaucoup chilienne, très accueillante. Plus haut, même rue, numéro 330, taller de los Alquimistas, un graveur Jorge martinez Garcia et sa femme, Herna Freiberg, peintre m’accueillent dans leur atelier d’artistes. D’une technique qui ressemble à celle des alchimistes naissent des oeuvres magnifiques denses et riches.

Pourquoi cette concentration de peintres et de photographes?

Parce qu’ici on passe son temps à regarder. Assis sur des marches colorées, on plonge son regard au loin vers le port et le Pacifique. Puis on regarde les chats et les chiens des rues, on regarde les gens, on regarde les muralistes, on regarde ses rêves lointains et enfouis. On se sent plus puissant car tout semble enfin possible, tout peut renaître. Comme ses quartiers qui réapparaissent après que la terre eut tremblée. Un désir sismique d’aventures et de beauté cachée comme dans les photographies de Sergio Larrain (Valparaiso).

Faut-il avoir une âme de marin?

Un peu lorsqu’on fréquente el plan : la partie basse de Valparaiso, celle qui donne sur le port, au pied des ascenseurs brinquebalants qui vous emmènent pour quelques pesos aux cerros. Là-bas, des rades ouverts de jour comme de nuit vous feront goûter au terremoto, un cocktail détonnant . bar Neptuno, calle blanco 588, le liberty .

L’art nécessaire

Une troupe de théâtre de rue,el teatro container, joue ses pièces dans des containers, symbole portuaire devenu scène de spectacle. Pour comprendre l’implication de cette troupe dans sa ville, allez donc faire un tour sur cerro la cruz qui fut en partie détruit par l’incendie de 2014. Des containers furent installés pour redonner vie à ce barrio. Une école des métiers et des arts, ainsi qu’une cuisine et une boulangerie communautaires ont permis aux habitants de recommencer à zéro. L’art est partout à Valparaiso et sert à renaitre. C’est aussi sur ce cerro que vous verrez le plus beau coucher de soleil porteño.

À cerro Alegre, la galerie Bahia Utopica permet de contempler les oeuvres de Loro Coiròn, autre graveur, Français de surcroit. Il dépeint le foisonnement de cette ville, des scènes de vie qu’il grave sur d’immenses fresques, des histoires qu’il raconte volées à sa muse bohème, cette ville.

Tant de personnages hauts en couleur rencontrés à chaque coin de rue, Valparaiso ne se suffit pas d’une seule journée de visite. Prenez le temps de vous y arrêter et de laisser le temps se suspendre.

Valparaiso c’est la rebelle, la créative qui s’est affranchie de sa soeur ainée Santiago et qui respire une certaine joie de vivre. Elle est devenue la capitale culturelle du pays. Les artistes du street art lui ont fait un lifting plutôt réussi. Hors convenances, elle accueille de nombreux festivals en son sein. Toujours en mouvement et en reconstruction, il faut aimer le baroud, la bourlingue et le bordel. Il faut aimer passionnément et dramatiquement. Si la liberté c’est le voyage et la création, alors Valpo est libre.

Bernard Fontanille, l’humanisme en urgence

C’est un quadra dynamique, sportif, plutôt beau gosse, la barbe naissante et les traits tirés après quelques jours passés aux urgences qui me fait face. D’ailleurs, aux urgences, il y est encore. Son franc-parler et sa « coolitude » malgré sa notoriété florissante, en fait un homme sympathique et facile d’accès. Avec lui, pas de syndrome de la blouse blanche.

Né à Grenoble, vit à Chamonix, un pur produit de la montagne. D’aussi loin qu’il s’en souvienne, il a toujours voulu être médecin. Est-ce à cause de son pédiatre ou du rêve inassouvi de sa mère ?

Il se définit comme curieux, touche à tout, musicien et dilettante….

Il est de ceux qui apprennent vite et se lassent vite, un vif argent.

La norme l’angoisse : un métier aux horaires de bureau, pas pour lui.

La médecine lui ouvre tout un champ des possibles. Le besoin d’adrénaline lui fait choisir le secours en montagne, puis les tournages d’émissions d’aventures comme rendez-vous en terre inconnue. Un prétexte pour voyager…

Sur place, l’idée lui vient d’aller à la rencontre des médecines traditionnelles. Ce n’était pas une quête de sens mais une curiosité. Comment font ses Hommes loin de toute structure médicale pour se soigner ? C’est sur sa terre la médecine et en toute humilité qu’il est devenu un passeur. Et être le passeur d’une médecine vouée à disparaitre le fait encore plus triper. C’est aussi beaucoup de travail sous une apparente décontraction et une précision qui apparait dans la deuxième saison.

40 films, 2 livres plus tard….l’idée ne s’est toujours pas transformée en quête mais l’humain s’est enrichi.

Le médecin traditionnel apparait comme un défenseur du lien, un des derniers bastions de la résistance face à un monde sans cœur, sans âme : le monde moderne. Une médecine de paroles, d’écoute du non verbal, une médecine où l’humain est au centre. Dans tous les reportages, c’est la dévotion qui prédomine. Un peu comme aux urgences. Pas de pause pour tous ces guérisseurs qui, sans répit, soignent.

De l’hôpital, des urgences, B.F parle durement : les conditions de travail, le manque de temps, de personnel et la froideur qui règne car il faut faire vite et faire face à un nombre infini de patients….le burn out de l’hôpital, tout le monde en a marre, tout le monde craque.

Comment vit- il le retour dans sa réalité? Il se sent plus détendu, plus centré. Mais, en aucun cas, il ne remet en cause la médecine urgentiste, pas de doute existentiel quant à sa pratique : « dans l’urgence on n’a pas le temps de poser des cataplasmes de boue ou de faire des rituels », me rappelle-t’-il, non sans humour.

Il est cartésien, pragmatique et aime les gens…Ce n’est pas incompatible. Ce n’est pas une quelconque quête spirituelle qui l’a fait expérimenter l’ayahuasca au fin fond de la jungle colombienne .Il n’est pas venu, non plus en conquistador médical, bien que le mercure frotté sur l’œil d’une petite fille en Birmanie l’ait plutôt secoué.

Il lui est arrivé de soigner sur place des personnes avec sa trousse de premiers secours. Il lui est arrivé de ne pas être d’accord avec les diagnostiques mais il s’est toujours refusé d’être celui qui sait : toujours revenir au contexte, à ces existences loin de nos métropoles suréquipées… Il parle vite, passionné et durant cet échange, on vient sans cesse lui rappeler qu’il a des gens à réparer…

Parfois sur certains reportages on se dit qu’il en a bien bavé avec les kms de pistes, la pluie…mais qu’est-ce que tu fous là Bernard ? Qu’est ce qui t’anime ?  L’anthropologie médicale, l’observation mais pas que Dr Fontanille, pas que…une certaine philosophie : « les occidentaux sont dans la jouissance, les autres dans le don, la charité »

A lire les témoignages de ceux qui s’invitent sur sa page facebook, il est devenu un presqu’héros et je sais quel est son secret : humilité et gentillesse.

Durant son voyage au Chili, il a vécu chez une guérisseuse mapuche, une machi, pendant 10jours. Sur photo, il a choisi Rosa, il a aimé sa tête de fatma marocaine et lui a donné un surnom tendre « la fati machi ». La tendresse c’est ce qu’on perçoit chez lui et l’admiration aussi pour ces femmes et hommes donnant le meilleur d’eux-mêmes. La machi connait les histoires des gens, elle a les clés culturelles, c’est une médecine de paroles qui sait lire le non verbal, elle prend son temps, elle donne tout de son temps. Elle fait des erreurs mais elle est dévouée et humaine. Elle a besoin de la médecine. Et ses patients sont pragmatiques, ils se servent des deux médecines.

L’homme, agnostique, n’aime pas les cultes mais a suffisamment de souplesse pour écouter et observer le lien de ces peuples avec la nature.

Bien sûr, certaines rencontres sont plus marquantes que d’autres, bien sûr, son cœur de médecin a pu souffrir du manque de soins pour certains patients. En parallèle, il s’interroge forcément sur le désamour de nombreux patients pour la médecine traditionnelle, les manques de la médecine en France.

Il n’est pas ambassadeur de la médecine alternative mais comprend pourquoi les malades sont en demande. Il martèle sans cesse qu’il y a une grande différence entre les médecines traditionnelles et les médecines alternatives. Pour lui, il faut faire très attention aux dérives et « ne pas tout autoriser, trop de choses sont dangereuses ». Mais il a conscience que la médecine occidentale, médecine mécanique et efficace, ne sait pas répondre aux questions des patients et aux maladies chroniques.

Au fond, il est plus en quête qu’il ne le sait … l’humanitaire rentrera bientôt dans sa vie, au Togo.

Depuis quatre ans, il pose forcément un autre regard sur la santé, une vision plus globale, holistique :

« La santé va bien au-delà de l’absence de maladie, c’est l’épanouissement personnel, spirituel et le lien aux autres. »

C’est quelqu’un qui est dans la vie. Ce touche à tout profite pleinement de sa vie et est conscient de sa chance : « Ces modes de voyages permettent des échanges assez dingues ».des échanges hors piste.

Quant au futur, il le voit toujours dans les voyages rencontres et pour plus tard, bien plus tard, pourquoi pas, un jour peut-être, une maison médicale où un chaman, un herboriste et des médecins coopéreraient.

Chili : un regard amoureux

L’amour est fait de si petites choses et de grandes surprises.   Qu’est-ce qu’un voyage si ce n’est une histoire d’amour ?
Une histoire d’amour qui débute un matin, au-travers une photo ( Georges Bartoli), à l’écoute d’une chanson fredonnée par un beau chilien triste rencontré à l’âge de 16 ans ?

Qu’est-ce qui va faire qu’on ait envie de partir, de traverser l’océan pour aller à la rencontre de cette photo, de ce chant ? L’amour !

« Il meurt lentement celui qui ne voyage pas… » Pablo Neruda lui-même évoque ces passions qui nous rendent vivants et heureux.

Le Chili, un bout de monde, …Ce trait vertical sur l’atlas comme un point d’exclamation ! Et quelle exclamation ! Plus d’une centaine de volcans (à preciser), des extrêmes imposants :

Patagonie, la fascinante : face au vertige de l’infini, on pactise avec ses profondeurs. (Patagonie intérieure de Lorette Nobécourt )

Un bout de Mars : Atacama, le désert le plus aride avec le ciel le plus pur. Un observatoire astronomique au nom d’Alma : l’âme…

Une âme ? Pays doté d’une âme et pas n’ importe quelle âme ….ces derniers temps, elle a bouleversé toutes les lois météorologiques, humaines…elle se rebelle :

Des pluies diluviennes s’abattent sur le désert, va-t-on y voir fleurir des roses ? (les roses d’Atacama de Luis Sepulveda). Les volcans se réveillent et crachent leur colère (2 en quelques semaines). Le record des tremblements de terre.  D’humeur explosive la planète ?

C’est l’exclamation de la vie ! On s’incline devant la toute-puissance de la nature. Le feu brûle et l’amour arrive par surprise. Le Chili m’a surprise. Une collision tellurique. Moi, la française, que pouvais- je bien comprendre ?

Chez moi, la terre semble impassible. Ici, la terre tremble, la terre gronde, cycle immuable comme un chant magnétique. Les Mapuche, eux, savent : les Hommes de la terre, ces bien nommés, acceptent et transcendent son langage.

Le chant du beau chilien entendu en 1986 était un chant d’espoir, un chant d’amour :

« Gracias a la vida »

Que chante encore et encore la terre chilienne, comme une conjuration du passé, cette terre exclamative qui fait écho à mon âme.

La Patagonie de Laurence Nobécourt

Je m’interroge : La Patagonie : le voyage d’une seule fois ? Une seule et unique fois où pour y mettre tous ses rêves d’aventure, d’extrêmes. Une seule et unique fois pour ne pas faner l’amour, qu’il reste singulier et beau, que l’usure des jours ne vienne pas s’y perdre. Une seule et unique fois pour s’agenouiller, se faire lessiver par cette nature libre et impétueuse.

“Je ne retournerai pas en Patagonie mais recommande de la vivre une fois dans sa vie.”

Pour LN, l’image de la Patagonie est bien celle aperçue sur les photos de sa mère, ramenées d’un de ses voyages annuels. Le goût du voyage transmis par sa mère, fondatrice de l’astrolabe, librairie de voyages. Les voyages au cœur d’une vie et la Patagonie, un rêve ancien presque galiléen…va t’on tomber ?

Que va-t-on chercher sur cette terre battue par des vents incroyables, des vents qui doivent rendre fou ? Un climat qui change tout le temps. L’homme revient à sa place, à sa juste place, humble, à genoux, la sensation d’être écrasé par l’immensité, « rough » me dira LN. Rough comme dur, râpeux, abyssal.

La Patagonie fait partie des mythes des voyageurs, y ressent-on une spiritualité, une atmosphère spirituelle ?

LN : « le paysage est si indifférent à l’humain que la spiritualité atteint un niveau plus profond. Dans les Himalaya, tout est spirituel y compris les humains. Tout semble naturellement spirituel. En Patagonie, l’homme remis à sa place, prend conscience de combien le divin l’aime. A l’arrivée de ma marche sur le glacier Grey, j’ai ressenti l’amour qui se dégageait de l’indifférence du glacier. Il ne se passe rien en Patagonie mais c’est dans ce rien qu’on trouve. La Patagonie m’a nettoyée. Un nettoyage inconfortable. L’écrivain est entre l’ici et l’ailleurs. L’écriture est un voyage immobile, une forme de méditation. »

La Patagonie appartient bien au pays des écrivains, des poètes et des aventuriers. Rien que pour ça, pour vivre ces rugissants intérieurs, pour se frotter à beaucoup plus grand que soit (sans que l’homme soit intervenu), et pour trouver beaucoup plus que soi, il faut aller une fois, rien qu’une fois là-bas.

L’art de vivre porteño

À Buenos Aires, tout est blanc ou tout est noir. On aime et on déteste. Le drame s’invite partout. Mais un drame sans noirceur, l’atmosphère de la ville balaie les vils sentiments et les hissent vers la noblesse. La noblesse de se haïr et de s’aimer à nouveau. On dirait que Buenos Aires est la ville des amours agonisantes mais sublimées. Qui n’a jamais été quitté à Buenos Aires ne connait pas la force de résilience de cette ville. Elle est pleine et déliée. Elle est terriblement vivante. Elle est la capitale de la nostalgie et de la fierté, du sens du théâtre aussi, jusque dans son football.

Un petit tour dans ses quartiers

Ça sent la viande grillée, les danseurs de tango s’exécutent devant les maisons de toutes les couleurs. La Boca, quartier populaire et portuaire des marins et des immigrés. C’est là que se trouve le club de Maradona, El Diego comme on l’appelle ici, et la bombonera le fameux stade de football. On parle le Lunfardo, argot des faubourgs.

C’est à San Telmo qu’on peut rencontrer Malfada, la petite fille terriblement intelligente qui refuse de voir le monde tel qu’on lui montre. Un quartier coup de coeur où les brocanteurs s’installent sur les rues pavées. Nombreux artistes et intellectuels. vivent ici. Une vie de quartier bohème et joyeuse.

Et puis, Palermo qui se paie le luxe d’avoir plusieurs noms : soho, viejo et hollywood. Un petit monde branché avec son lot de restaurants, bars, designers et boutiques. Palermo se vit de jour comme de nuit.

Le style haussmanien des immeubles du centre, quartier de Recoleta, fait de Buenos Aires, la plus européenne des villes d’Amérique latine. Et le porteño, le plus italien des sud-américains : arrogant, roublard, beau parleur, élégant…

La ville a un fort pouvoir évocateur : psychanalyse, tango, football, écrivains… Allez faire un tour du côté de l’hôtel Legado mitico dont les onze chambres sont dédiées à une personnalité qui a marqué la culture du pays. ( le Che, Malfada, Evita Peron, Borges entre autre). Cette mégapole, de près de 3 millions d’habitants, traverse le temps sans se départir de sa splendeur ni de sa créativité. Les porteños ont l’âme bouillonnante.

Un quotidien rempli de danse, poésie et réflexions :

Boire du maté, un véritable rituel

Dans la rue, chez soi, partout le maté, l’amertume de cette plante renvoie à la nostalgie de cette ville. Cette boisson de feuilles vertes qui infusent dans une calebasse et qu’on boit grâce à une bombilla ne peut que se partager. La calebasse passe de main en main. Tonique et purifiant, il coupe la faim et permet de rester éveillé lors des périodes d’examen pour les étudiants ou dans les travaux qui engagent la force physique. Il fait partie du quotidien, pas un jour ne passe sans qu’il soit bu.

l’intimité du tango, une religion

L’Argentin aime la tristesse, il est heureux en sa compagnie, il la danse au son du bandoneon. On dit souvent du tango qu’il est « une pensée triste qui se danse »

Il y eut d’abord Carlos Gardel puis le tango nuevo d’Astor Piazzolla, et aujourd’hui, le tango electronico de Gotan Project.

C’est le rythme, le compas qui compte.

« Le tango, avec un bon danseur, c’est comme tombé amoureux en 3 minutes ». Dans Les milongas, les  bals de quartier, dont les meilleures adresses s’échangent sous le manteau, des femmes sorties du bureau, glissent leurs pieds dans des sandales brillantes à talons hauts. Les jupes se fendent, les épaules se dénudent. Le port de tête se fait altier. Sans un regard pour le partenaire, elles s’élancent dans des figures imposées.

Dans le film « El ultimo tango », on danse au-delà du désamour car la danse est un art qu’il faut  honorer. Un homme, Juan Carlos Copes et une femme, Maria Nives, pris dans l’orage de la passion, ont dansé ensemble des décennies pour porter le tango sur la scène internationale. Un couple mythique. Sensualité des gestes, des poses. Intensité exacerbée. Reconnaissance des corps qui s’enchainent mais qui se brisent dès la musique terminée. C’est la passion qui fait vibrer l’Amérique latine mais certainement plus encore Buenos aires.

Au nom de l’amour qui fait souffrir, le tango follement.

Un abrazo fuerte… Que je te garde encore un peu pour moi…

l’amour des livres et des poètes

Saint Exupéry écrivit Vol de nuit à Buenos Aires. La ville accoucha de nombreux écrivains. Elle fut capitale du livre en 2011.

Julio Cortazar, né de cette terre, portait sa folie dans ses mots. Jorge Luis Borges, autre poète, disait du tango « nous pouvons discuter le tango et nous le discutons, mais il renferme, comme tout ce qui est authentique, un secret »

Sur Corrientes,le broadway argentin, les théâtres et les bouquinistes se côtoient. Les livres sont  des rois.

La psychanalyse

Le divan est une autre institution argentine, une pratique culturelle. À Buenos Aires, se trouve la plus forte concentration de psychanalystes au mètre carré. Elle fait partie intégrante du quotidien , véritable style de vie dans laquelle on retrouve cette grande capacité de résistance et de créativité des Porteños, et leur quête d’identité vitale qui trouve ses racines dans l’immigration, l’exil et la dictature.

Buenos Aires et ses habitants sont liés par cette mélancolie joyeuse. Elle envoûte quiconque y réside plus d’une nuit. Elle apaise les chagrins d’amour et fait retomber amoureux. C’est une danse à 2, les partenaires changent mais danseront toujours.

Playlist pour se mettre dans l’ambiance

Una noche mas de Yasmin Levy

Libertango d’Astor Piazzolla

La Argentina de Julia Migenes

el buen Gualicho de Natalia Doco

L’art de vivre californien

Sur la carte du monde, la Californie est apparue comme une évidence, un endroit où le ciel est toujours bleu, où chaque personne ne semble jamais vieillir. De cet état irradient les nouvelles tendances culinaires, sportives ou de bien-être. Même en pleine globalisation, les cali girls and boys ont toujours un train d’avance. Sourire aux lèvres, décontractés, allons leur piquer quelques idées. La meilleure de nos guides pour les 10 heures de vol, Laure Gontier. Elle vient d’écrire « Good vibrations, le bonheur à la californienne» . Après 3 années passées en famille à Los Angeles, elle nous a livré quelques pistes pour préparer son voyage mais aussi les recettes du bonheur à la californienne placées sous le signe de la coolitude.

Une première image qui vous vient quand vous pensez à Los Angeles ?

« La lumière.Toute l’année, il fait agréable et la luminosité donne la pêche. On sort, on est actif , on oxygène nos cellules sous le soleil. Tout paraît plus léger.»

Où habitiez-vous ?

« Nous habitions Silver Lake un des nouveaux spots de LA. Une vie de quartier avec ses familles, ses marchés, ses magasins bios… »

Assez loin des plages et du centre ? Vous passiez votre temps en voiture ?

«Les deux premières années à L.A, nous n’avions pas de voiture et… il est possible de vivre là-bas sans voiture! Le réseau des Uber et le vélo sont très bien développés. Cela vient sans doute de la population jeune qui habite là. Ils n’ont souvent pas de voiture personnelle.  Le vélo représente le côté écolo mais aussi sportif de la ville. Dans mon guide, je pulvérise pas mal d’idées reçues. Visiter L.A et la Californie peut se faire avec voiture ou sans voiture, vous vivez deux expériences différentes mais chacune est intéressante. Je vous recommande ce voyage ferroviaire : Prenez le train entre San Francisco et Los Angeles, douze heures pour profiter d’une vue incroyable en cabine scénique, on se croirait dans « la mort aux trousses »

Vous qui êtes rédactrice dans des bureaux de tendance, pouvez-vous dire que c’est en Californie que les mouvements naissent ?

« La population est très jeune et très créative. Ils inventent sans cesse de nouveaux concepts en sport, en boutiques, en nourriture. Prenez le yoga, ce n’est pas un banal phénomène de mode, il se réinvente sans cesse et fait partie du quotidien des californiens depuis plus de 30 ans. C’est inépuisable. L’habitant de LA est friand de toutes les nouveautés, il est capable de faire des kilomètres pour connaître le dernier bar à jus. »

Comment L.A vous a transformée?

« L’attitude positive des Californiens n’est pas une légende. Je suis maintenant plus zen. Avant j’étais très parisienne dans mon empressement permanent. Là-bas, nous avons ralenti, nous sommes rentrés dans la slow life et avons pris plaisir à profiter de l’instant. L’espace et la douceur du climat jouent beaucoup sur cette envie de prendre le temps. C’est aussi l’état le plus tolérant des États-Unis, toujours à la pointe, humaniste et avant-gardiste. Pour s’habiller, tout est possible, tout est permis. Toujours décontracté et créatif, chacun exprime son style. Un autre mot pour définir le mindset des cali : la spontanéité. Les personnes vous arrêtent dans la rue pour vous faire un compliment, pour vous aider. Se faire des amis est très facile»

Racontez-nous votre L.A

« Je n’aime pas résumer L.A à Hollywood, aux stars et à la plage. Si vous voulez vous poser à la plage, les incontournables Venice et Santa Monica seront parfaites. Mais je vous invite à aller vers l’est, à vous éloigner de l’océan. Pour une ambiance bohème, Los Feliz et Silver Lake. Un nouvel art de vivre y émerge avec des hypsters, des cafés, on est en pleine trendytude. Pour un shoot d’urbanité, downtown et son concentré historique. Sur Hollywood, arpentez West hollywood. Vous y trouverez« the grove » est un centre commercial à ciel ouvert très agréable. Vous pouvez  aussi séjourner dans un ancien motel très sympa : Farmer’s daughter. »

Que pensez-vous d’un séjour de 3 jours à L.A?

« 3 jours peuvent être suffisants si on dépasse les clichés. C’est une ville immense donc je recommande de planifier son séjour quand il est aussi court. Prendre son temps pour la découvrir est nécessaire. Identifier aussi ce qu’on est venu chercher, il y a autant de quartiers que d’atmosphères. 

Un jour dans les quartiers de l’est, un jour à downtown et le 3ème à la plage. Mais je le répète, si vous pouvez rester plus longtemps, faites-le, vous plongerez alors dans un bain de slow life et de think positive»

Qu’est ce qui vous a marqué dans le life style californien ?

« L’abondance des cafés et restaurants de qualité. La cali girl profite de ce large choix. Elle est très décontractée, arrive en tongs dans un restaurant haut de gamme, donne ses rendez-vous dans les  cantines végans. La culture food est développée et vénérée, surtout la nourriture organique. On est loin de ne manger que des hamburgers ! »

Quelles sont vos adresses secrètes de foodista ?

« Dans le quartier de Sylver Lake qui était mon quartier, je prendrai un café au barista intelligentsia dont la terrasse est parfaite pour observer la faune des hipsters. Pour déjeuner, rendez-vous à la cantine Sqirl, un lieu emblématique de la nouvelle cuisine cali. À éviter le week-end, l’endroit est minuscule et trop apprécié. Le soir, descendez downtown, au Bestia, pour déguster un festin d’inspiration italienne. »

La Californie avec ses palmiers, son désert, ses plages, son soleil éternel, ses couleurs acidulées rendrait heureux et insouciant. Sur fond de roadtrip, imaginez-vous, quelques temps, habitant de LA, bronzé, happy et curieux.

« Good vibrations, le bonheur à la californienne » Laure Gontier.  First éditions.

Playlist : En partance pour L.A

Good Vibrations The Beach Boys

Surfin’USA The Beach Boys

La Californie Julien Clerc

California Dreamin The Mamas and the Papas

Hotel California Eagles

Californication Red Hot Chili Peppers

Eye in the Sky The Alan Parsons Project[/vc_column_text][/vc_column][/vc_row]

Rencontre à Dieulefit

Un grand appartement, haut de plafond, dernier étage d’une vieille demeure bourgeoise dans une rue piétonne.

Du parquet blond qui craque, des meubles chinés ou de famille, des fenêtres donnant sur le vert, le vert de grands arbres nés d’un jardin en contrebas.

Elle m’ouvre la porte, belle, la quarantaine, lumineuse, sereine, menue, de grands yeux bleus clairs qui plongent dans les vôtres et qui savent.

Elle est écrivaine.

Un peu d’elle dans tous ses personnages. J’ai son roman qui vit en moi. Je ne l’ai pas encore fini. Je suis intime avec tous ses personnages. Je vibre de leur joie, questions, mélancolie, folie…

Je sens en elle cette quête de vérité, cette soif d’absolu, cette force spirituelle.

Un déjà si long chemin parcouru frôlant les abymes et les cîmes, sans concession, jamais, au bout d’elle-même pour être, simplement être.

Elle a ouvert sa porte à une inconnue. Je lui dis merci.