La Patagonie de Laurence Nobécourt

Je m’interroge : La Patagonie : le voyage d’une seule fois ? Une seule et unique fois où pour y mettre tous ses rêves d’aventure, d’extrêmes. Une seule et unique fois pour ne pas faner l’amour, qu’il reste singulier et beau, que l’usure des jours ne vienne pas s’y perdre. Une seule et unique fois pour s’agenouiller, se faire lessiver par cette nature libre et impétueuse.

“Je ne retournerai pas en Patagonie mais recommande de la vivre une fois dans sa vie.”

Pour LN, l’image de la Patagonie est bien celle aperçue sur les photos de sa mère, ramenées d’un de ses voyages annuels. Le goût du voyage transmis par sa mère, fondatrice de l’astrolabe, librairie de voyages. Les voyages au cœur d’une vie et la Patagonie, un rêve ancien presque galiléen…va t’on tomber ?

Que va-t-on chercher sur cette terre battue par des vents incroyables, des vents qui doivent rendre fou ? Un climat qui change tout le temps. L’homme revient à sa place, à sa juste place, humble, à genoux, la sensation d’être écrasé par l’immensité, « rough » me dira LN. Rough comme dur, râpeux, abyssal.

La Patagonie fait partie des mythes des voyageurs, y ressent-on une spiritualité, une atmosphère spirituelle ?

LN : « le paysage est si indifférent à l’humain que la spiritualité atteint un niveau plus profond. Dans les Himalaya, tout est spirituel y compris les humains. Tout semble naturellement spirituel. En Patagonie, l’homme remis à sa place, prend conscience de combien le divin l’aime. A l’arrivée de ma marche sur le glacier Grey, j’ai ressenti l’amour qui se dégageait de l’indifférence du glacier. Il ne se passe rien en Patagonie mais c’est dans ce rien qu’on trouve. La Patagonie m’a nettoyée. Un nettoyage inconfortable. L’écrivain est entre l’ici et l’ailleurs. L’écriture est un voyage immobile, une forme de méditation. »

La Patagonie appartient bien au pays des écrivains, des poètes et des aventuriers. Rien que pour ça, pour vivre ces rugissants intérieurs, pour se frotter à beaucoup plus grand que soit (sans que l’homme soit intervenu), et pour trouver beaucoup plus que soi, il faut aller une fois, rien qu’une fois là-bas.

Rencontre à Dieulefit

Un grand appartement, haut de plafond, dernier étage d’une vieille demeure bourgeoise dans une rue piétonne.

Du parquet blond qui craque, des meubles chinés ou de famille, des fenêtres donnant sur le vert, le vert de grands arbres nés d’un jardin en contrebas.

Elle m’ouvre la porte, belle, la quarantaine, lumineuse, sereine, menue, de grands yeux bleus clairs qui plongent dans les vôtres et qui savent.

Elle est écrivaine.

Un peu d’elle dans tous ses personnages. J’ai son roman qui vit en moi. Je ne l’ai pas encore fini. Je suis intime avec tous ses personnages. Je vibre de leur joie, questions, mélancolie, folie…

Je sens en elle cette quête de vérité, cette soif d’absolu, cette force spirituelle.

Un déjà si long chemin parcouru frôlant les abymes et les cîmes, sans concession, jamais, au bout d’elle-même pour être, simplement être.

Elle a ouvert sa porte à une inconnue. Je lui dis merci.